PREMIER SUJET : RESUME DU TEXTE ARGUMENTATIF

 

Vers l’oisiveté de masse

 

La technologie moderne est en train de fabriquer une multitude d’esclaves mécaniques, qui vont, dans tous les domaines de la production et des services, concurrencer avantageusement les travailleurs humains. Rares seront les activités qu’un automate, commandé par un ordinateur, ne pourra pas assumer.

Les prototypes à l’essai d’usines presse-boutons ne sont que l’avant-garde qui ne laissera subsister que quelques ingénieurs et quelques balayeurs. Toute la gestion des entreprises et des administrations sera informatisée. L’agriculture elle-même deviendra une industrie automatisée. Et ce n’est pas  de la science-fiction. Tout cela, on sait déjà le faire. Il ne s’agit que de mettre au point la standardisation.

Tout geste  répétitif, aussi précis et délicat soit-il, peut être exécuté par un robot. Or la fabrication de n’importe quel objet courant, du verre à boire à l’automobile, depuis la matière première jusqu’au conditionnement, n’est qu’une suite plus ou moins complexe de gestes répétitifs. Naturellement, plus la chaîne est longue, plus elle comporte de sous-ensembles et plus elle nécessite d’investissements, et doit donc s’amortir  sur un plus grand nombre d’unités.  Un robot, d’ailleurs, n’aura  que  peu de rapports avec des silhouettes humanoïdes popularisées par les romans, car il se définit comme un couple : machine-ordinateur.

Il en sera des opérations mentales répétitives comme des gestes répétitifs. Elles seront effectuées par des robots intellectuels, qui, rivalisant déjà avec les meilleurs joueurs d’échecs, remplaceront fort bien la plupart des employés de bureau, et pas  seulement ceux de la base. Une bonne part des décisions leur seront confiées.

Il restera toutefois quelques problèmes importants à  résoudre. En tout premier lieu, il faudra absorber la production des esclaves-mécaniques. Car il est évident  que, si le propriétaire, privé ou collectif, d’une usine travaillant pratiquement toute seule ne paye aucun salarié,  et si la plupart des autres usines sont dans le même cas, personne ne pourra plus acheter les marchandises produites. Il faudra donc que la collectivité verse à chacun des citoyens une rente, perçue sur la production des robots. La population sera constituée d’une masse d’oisifs, percevant une sorte de minimum vital, et d’une minorité de travailleurs aux confortables émoluments. Car ne travailleront que  ceux qui en seront capables, et qui seront motivés, soit par l’attrait intrinsèque de leur tâche, soit par un salaire élevé.

Mais alors un second problème découlera de la solution du premier. Que feront les oisifs de leur temps ? Ce sera, sur  une plus grande  échelle, le problème qui se posait aux aristocraties de naguère. Il est probable qu’un bon nombre de ces nouveaux rentiers sombreront dans l’alcool, la drogue, la débauche, la délinquance, ou simplement la folie. Mais d’autres se livreront à des activités artistiques ou ludiques, qui suffiront à meubler leur existence. De toute façon, la production des génies et des imbéciles ne devrait pas beaucoup varier. Quant à la proportion des asociaux, elle croîtra ou  s’amenuisera, dans la mesure où l’organisation politique se montrera plus ou moins répressive.

Le dernier problème sera celui des rapports avec le tiers-monde. La prise en charge par l’Occident de l’intégration progressive de ces peuples à la civilisation des loisirs serait parfaitement concevable. Mais il y  faudrait un grand courage, une grande abnégation et une grande lucidité. Toutes qualités qui ne sont pas à la hauteur de l’intelligence des civilisés. Bien rares seront ceux qui envisageront avec sang-froid de passer leur temps et de risquer leur vie, sans le moindre espoir de gratitude, pour faire le bonheur, malgré eux, de gens qui  ne les comprendront pas.

                                                                                                                        611 mots

Claude LEGOUX, Le Monde, 5 septembre 1980.

*Ludique : relatif au jeu.

 

  1.               QUESTIONS (4 pts)

 

  1.      Quelle est la thèse défendue par l’auteur ?
  2.      Selon l’auteur, quels sont les dangers d’une robotisation totale de la société ? Citez-en deux.

 

  1.             RESUME (8 pts)

Résumez ce texte  au ¼ de son volume initial.

Une marge de plus ou moins 10% est  tolérée.

  1.          PRODUCTION ECRITE (8 pts)

Discutez l’affirmation de l’auteur selon laquelle « la technologie moderne est en train de fabriquer une multitude d’esclaves mécaniques, qui vont, dans tous les domaines de la production et des services, concurrencer avantageusement les travailleurs humains. »

 

DEUXIEME SUJET : COMMENTAIRE COMPOSE

 

            La scène se passe dans le pays imaginaire de BELEYA plus précisément à l’intérieur d’une prison, un véritable enfer. SANABA est une détenue comme les autres. Cependant, son statut de femme lui a permis d’être chargée de la distribution des repas des prisonniers.

            Les prisonniers mangeaient très peu de viande. La société elle-même trouverait  immoral de nourrir convenablement de « criminels » ; des hommes dont le seul tort, parfois, était de se retrouver dans une prison. Personne en ville ne savait, c’eût été scandaleux, que le régisseur fournissait, tous les dimanches en principe, dix kilogrammes de viande de chèvre.

            Sur cette quantité qui arrivait très irrégulièrement, les gardes révoltés par ces excès de générosité, grivelaient impitoyablement. La moitié, à peine, de cette méchante came parvenait aux détenus. Le boucher, de son côté, prenait soin d’abattre une vieille chèvre malade, impropre à la reproduction et dont  la viande pourrait difficilement être écoulée sur le marché.

            Tous les prisonniers suivaient d’un œil vigilant la cuisson de cette précieuse source de protéines. Le partage se faisait en présence du garde de semaine, qui, seul, pouvait interdire à ces hommes misérables de se ruer sur la marmite, tels des fauves, chacun essayant de s’emparer du morceau le plus gros. Ils entouraient le plat, le bras droit tendu, les doigts crispés comme des griffes d’un rapace. Il y avait autant de morceaux que de détenus dont le nombre, certains mois, dépassait la centaine.

            Dans ce trou, la viande était la vie. Sanaba, sous la protection du sbire, remettait à chacun son morceau. Personne ne bougeait avant la fin de cette délicate opération. Des  miettes pourraient rester au fond du chaudron et Sanaba aurait peut-être pitié ou une certaine préférence ; elle pourrait aussi vouloir réparer une ancienne injustice. Nul ne se présentait à la distribution avec un récipient.

            Le partage terminé, chacun, la main solidement fermée sur ce qui lui était revenu, rejoignait, comme un chien, un coin où tranquillement et goulûment, il mangeait son morceau, presque fibre après fibre. Il mastiquait longuement pour avoir le maximum de jus, avant la déglutition. Il gardait longtemps le jus dans sa bouche avant de se décider à l’avaler. C’était la seule façon de se convaincre d’avoir mangé de la viande.

                                                                                       Ibrahim LY, Toiles d’araignées, 1982.

 

1)    *grivelaient ; griveler : commettre une grivèlerie : délit qui consiste à consommer un repas ou une boisson sans payer.

2)    *chaudron : récipient cylindrique profond et en cuivre, en fer ou en fonte muni d’une anse mobile (familièrement : grosse marmite).

 

Sous la forme d’un commentaire composé, vous pourrez par exemple montrer comment, à travers les conditions de vie carcérale, se dégage l’image de la société humaine.

 

 

 

TROISIEME SUJET : DISSERTATION LITTERAIRE

 

« Je ne crois pas à ce terme à la mode : l’évasion. Je crois à l’invasion. Je crois qu’au lieu de s’évader par une œuvre, on est envahi par elle. (…) Ce qui est beau, c’est d’être envahi, habité, inquiété, obsédé, dérangé par une œuvre. »

 

Vous commenterez et discuterez cette opinion de Jean Cocteau en vous appuyant sur des exemples précis empruntés à vos lectures personnelles.